Plan d'apurement : étaler la dette de loyer sans perdre ses droits
Votre locataire a plusieurs mois de retard, il vous assure qu'il va rattraper, et vous ne savez pas s'il faut le croire ou aller directement au tribunal. Cette situation est très courante, et la loi prévoit justement un outil pour la traiter sans procès : le plan d'apurement, un accord écrit qui étale la dette dans le temps. Voici à quoi il sert, ce qu'il doit contenir, comment il s'articule avec la CAF et le FSL, et ce que vous pouvez faire s'il n'est pas respecté.
À quoi sert un plan d'apurement quand on est bailleur
Un plan d'apurement est un accord écrit entre vous et votre locataire. Il fixe le montant exact de la dette et le calendrier des versements qui vont l'effacer, en plus du loyer courant. C'est un document simple, que vous pouvez rédiger vous-même : il n'existe pas de formulaire officiel obligatoire.
Pour vous, il a trois intérêts concrets. Vous récupérez l'argent sans tribunal, donc plus vite et à moindres frais. Vous gardez un locataire qui paie, plutôt qu'un logement vide et une dette à recouvrer auprès de quelqu'un qui est parti. Et vous préservez l'aide au logement quand elle vous est versée directement.
Rien ne vous oblige à en signer un, et vous n'êtes pas tenu d'accepter des montants irréalistes. Mais quand le locataire est de bonne foi et a encore des revenus, c'est souvent la voie la plus rapide.
Signer un plan d'apurement ne veut pas dire renoncer à la dette
C'est la crainte la plus fréquente, et elle mérite une réponse nette : accepter d'étaler la dette ne l'efface pas. Vous ne renoncez à rien. Vous acceptez seulement un calendrier de paiement différent de celui prévu au bail.
La dette reste entière tant qu'elle n'est pas payée jusqu'au dernier euro. Vos garanties restent en place : le garant demeure engagé selon son acte de cautionnement, votre assurance loyers impayés reste mobilisable selon votre contrat, et le bail continue de produire ses effets.
Ce qui vous ferait réellement perdre des droits, c'est autre chose : écrire que vous abandonnez une partie de la dette ou que vous renoncez à toute action future. Une remise partielle n'est plus un plan d'apurement, c'est une remise de dette : lisez très attentivement avant de signer, et faites relire le texte par l'ADIL ou par un professionnel du droit.
Ce que le document doit contenir
Un plan d'apurement tient sur une page. Ce qui compte, c'est qu'il ne laisse aucune place à l'interprétation : dans six mois, une phrase vague deviendra un désaccord. Numérotez les échéances, pour pouvoir les pointer en trente secondes chaque mois.
- L'identité complète des deux parties, l'adresse du logement et la date du bail.
- Le montant exact de la dette au jour de la signature, détaillé mois par mois (loyer, charges, éventuels frais).
- Le rappel que le loyer courant reste dû à sa date habituelle, en plus des versements du plan.
- Le montant de chaque versement et sa date précise, ligne par ligne, jusqu'au solde.
- Le mode de paiement, virement de préférence, pour garder une trace.
- Ce qui se passe si une échéance n'est pas payée : le plan devient caduc et vous retrouvez la possibilité d'engager la procédure prévue par la loi.
- La date, le lieu et la signature des deux parties, un exemplaire pour chacun.
Comment fixer des versements que le locataire pourra tenir
L'erreur classique consiste à accepter le chiffre annoncé par le locataire sans vérifier qu'il pourra le sortir tous les mois. Un plan trop ambitieux casse au deuxième mois, et vous avez perdu du temps.
La règle de bon sens : le locataire doit d'abord payer son loyer courant en entier, puis ajouter une part pour la dette. Partez du montant qu'il peut réellement verser en plus chaque mois. Mieux vaut un plan long qui va au bout qu'un plan court qui s'arrête.
Si le locataire ne peut manifestement plus payer le loyer courant, un plan ne réglera rien. Orientez-le vers les services sociaux de sa commune et vers l'ADIL, l'agence départementale d'information sur le logement, qui renseigne gratuitement bailleurs et locataires.
Le plan d'apurement et l'aide au logement (CAF ou MSA)
C'est le point que beaucoup de bailleurs découvrent trop tard. Quand l'aide au logement vous est versée directement, vous devez signaler l'impayé à la CAF ou à la MSA dans les deux mois suivant sa constitution. L'impayé est constitué lorsque le locataire doit l'équivalent de deux mois de loyer et charges, en comptant le loyer net de l'aide.
Après ce signalement, l'aide au logement peut être maintenue pendant six mois, précisément pour laisser le temps d'établir et de signer un plan d'apurement. Sans plan acceptable, l'aide s'arrête, et vous perdez la seule partie du loyer qui rentrait encore. Nous détaillons la marche à suivre dans notre article sur la déclaration de l'impayé à la CAF.
Quand l'aide est versée directement au locataire, signalez l'impayé dès que possible. Dans tous les cas, transmettez une copie du plan signé à la CAF ou à la MSA, et gardez la preuve de cet envoi.
Le FSL, quand le locataire ne peut pas tout payer seul
Le FSL, le fonds de solidarité pour le logement, est un dispositif départemental qui peut aider un locataire en difficulté à régler tout ou partie de sa dette de loyer, sous conditions de ressources et selon des règles propres à chaque département.
C'est le locataire qui dépose la demande, le plus souvent avec l'aide d'un travailleur social. Vous ne pouvez pas le faire à sa place, mais fournissez vite les pièces demandées : décompte de la dette, copie du bail, copie du plan. De nombreux départements réclament d'ailleurs un plan signé avant d'examiner un dossier.
Les erreurs à éviter
La plus fréquente, de loin, est l'accord verbal. « Il m'a dit qu'il paierait cent euros de plus par mois » ne convainc ni un juge, ni la CAF, ni le FSL, et devient parole contre parole dès le premier retard. Un accord se signe, toujours.
- Ne pas dater les échéances : « dès qu'il pourra » n'est pas une échéance.
- Oublier de rappeler que le loyer courant reste dû en plus des versements.
- Écrire une formule de renonciation ou d'abandon de dette sans en mesurer la portée.
- Ne rien prévoir en cas de non-respect du plan.
- Ne pas pointer les versements chaque mois, et découvrir six mois plus tard que rien n'est rentré.
Si le plan n'est pas tenu
Un plan non respecté n'est pas un échec définitif : c'est une information. Réagissez dès le premier versement manqué, pas au troisième.
Commencez par un contact écrit et calme, qui rappelle l'échéance manquée et demande une régularisation sous quelques jours. Il arrive que ce soit un incident isolé. Si rien ne vient, passez à une mise en demeure envoyée en recommandé, qui constate la rupture du plan et fixe un dernier délai.
En cas de silence, la suite est la procédure prévue par la loi du 6 juillet 1989 : commandement de payer délivré par un commissaire de justice (l'ancien huissier), puis saisine du juge des contentieux de la protection, le juge compétent pour les litiges locatifs d'habitation. Conservez le plan signé et le relevé des versements : ces pièces établissent la réalité de la dette.
Sachez enfin que le juge peut accorder lui-même des délais de paiement au locataire, dans la limite prévue par la loi : un plan déjà signé et partiellement respecté pèse dans sa décision.
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Découvrir ZeloyerQuestions fréquentes
Un plan d'apurement doit-il être signé devant un notaire ou un avocat ?
Non. C'est un accord écrit entre vous et votre locataire : deux signatures et un exemplaire pour chacun suffisent. Vous pouvez le faire relire gratuitement par l'ADIL avant de signer. Si les montants en jeu sont importants ou la situation particulière, l'avis d'un professionnel du droit reste utile.
Le locataire peut-il refuser de signer un plan d'apurement ?
Oui, personne ne peut l'y contraindre, et vous n'êtes pas non plus obligé d'en proposer un. En cas de refus, vous poursuivez la marche à suivre prévue par la loi : relance, mise en demeure, puis commandement de payer. Gardez la trace écrite de votre proposition, elle montre votre recherche d'une solution amiable.
Que se passe-t-il si le locataire quitte le logement avant la fin du plan ?
La somme restante reste due : le départ n'efface pas la dette. Le plan signé demeure une reconnaissance écrite des montants dus, utile pour la suite des démarches. Pensez à conserver sa nouvelle adresse et à vérifier ce que couvrent votre garant ou votre assurance.
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Informations générales, à jour au 31/07/2026 — sources : service-public.fr, ANIL, Légifrance. Zeloyer fournit des modèles de documents et une information générale. Zeloyer ne fournit pas de conseil juridique personnalisé.